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Romain Bordenave, Fondateur, Directeur Exécutif, Grupo Irena

Voici un essai de Extra Text

Paroles de dirigeant à l’international

Les clés d’une réussite business à l’international

Romain Bordenave, Fondateur & Directeur Exécutif, Grupo Irena

« En insistant, tout est possible »

Romain Bordenave est arrivé à Mexico en 2008. Depuis 2011, il n’a de cesse d’y faire grandir sa propre société, Irena. Il nous révèle tout ce qu’il a appris…

Quelques faits

2008 : Géos — Security Consultant, Mexique
2011 :   Grupo Irena — Fondateur et Directeur Exécutif

Mail : r.bordenave@irena-group.com
Site : http://www.grupoirena.com/fr/

Entretien mené par Antoine Leygonie-Fialko
Dialogue ouvert 
puis séance d’Executive Coaching
selon la méthode de CO-CREATiVE Communication®

En développant l’activité de Cadran au Mexique, j’ai rencontré Romain dont le profil LinkedIn m’a séduit. J’ai tout de suite été captivé par son goût pour l’humain et l’aventure…

« La clé : avoir rapidement une bonne lecture de la situation »

Romain, quelle est l’offre de votre société ?

Irena est une société de conseil et services de sécurité, elle accompagne les entreprises sur des terrains aux conditions de sécurité sensibles pour que ces dernières puissent travailler sereinement malgré un environnement dégradé. Lorsqu’une entreprise réalise une mission ou déploie son activité à l’étranger elle peut être confrontée à différents risques liés aux activités criminelles locales, à la situation politique, économique et sociale, à la situation géopolitique ou même à des crises environnementales ou sanitaires. En Amérique latine par exemple, les risques liés au crime organisé et à la petite délinquance sont nombreux et peuvent affecter directement la sécurité des projets ou des personnes : fraude, corruption, piraterie, racket, agressions et même enlèvements pour n’en citer que quelques-uns.

Notre rôle est d’accompagner nos clients pour qu’ils puissent travailler normalement malgré ces risques. Si nous sommes sollicités avant ou au début du déploiement d’un projet, nous faisons une analyse de risques qui nous permettra de connaitre en profondeur la zone d’opération et les risques liés à l’activité. Cela nous permet de proposer un dispositif qui soit ajusté au plus près du besoin en limitant au maximum les coûts. Parfois nous sommes sollicités lors d’une crise ou en réaction à un incident, nous devons alors être extrêmement agiles et offrir au client un appui qui soit immédiatement efficace pour stabiliser la situation et retourner à la normale.

Nos solutions peuvent inclure une multitude d’outils : des mesures de sécurité physiques, la mise en place de solutions technologiques, de procédures ou le déploiement d’équipes de sécurité et de consultants qui vont accompagner le client sur le terrain pour le décharger du volet sûreté de son activité.

Par exemple, nous nous sommes occupés du chantier d’un parc éolien dans le nord du Mexique sur lequel nous sommes intervenus pendant 18 mois. Après une analyse de risque, nous avons mis en place sur le site une politique de sûreté pilotée par un Security Manager qui a encadré nos équipes et supervisé la mise en place des solutions de sécurité. Ce dernier a dû gérer également quelques incidents et adapter le dispositif aux aléas du contexte et de l’opération pour que notre client puisse opérer et livrer le chantier dans les temps.

Voici un second exemple, cette fois-ci, en accompagnement des activités corporate classiques de back office. Récemment nous sommes intervenus pour une entreprise qui compte une dizaine d’expatriés à Mexico. Notre rôle a été de nous assurer que les conditions de sécurité étaient réunies pour qu’ils puissent travailler et vivre sereinement avec leurs familles. Nous avons donc mis en place une série d’actions simples telles que des évaluations de sécurité de leur domicile, des sensibilisations sur les risques au Mexique et sur les bons comportements à adopter et enfin une assistance 24/7 qu’ils peuvent activer en cas de problème.

« Le grand écart pour être à la fois corporate et terrain »

Et quels sont vos clients ?

Nous avons principalement deux grandes catégories de clients : les institutions internationales – ou représentations diplomatiques – et les entreprises privées.

À Mexico, nous travaillons avec la délégation de l’Union Européenne, les ambassades de France, Belgique, Pays Bas, Corée du Sud… Nous accompagnons également la délégation de l’Union Européenne en Équateur et en Colombie. Pour nous, les contrats avec des représentations diplomatiques représentent une vitrine forte car ces clients exigeants appliquent une sélection draconienne de leurs fournisseurs. Ils constituent un gage fort de notre solidité.

Nos clients Corporate sont généralement des grands groupes français, européens ou nord-américains. Par nature, ces dernières ont des standards de sécurité élevés pour leurs expatriés et activités. Elles ont besoin d’un accompagnement pour assurer la sécurité des personnes, de leur site et de leurs actifs, puis d’être épaulées en cas de crise.

Ponctuellement, nous travaillons aussi avec des ETI. Ces dernières ont plutôt besoin de nous lors de missions de terrain. Elles vont rarement déployer d’importantes structures qui pourraient avoir besoin de sécurité au quotidien. En revanche elles doivent souvent installer des équipes pour remplir des missions dans des zones délicates. Dans ce cas, notre rôle est de leur fournir les informations pertinentes pour la prise de décision et de mettre en place l’accompagnement nécessaire.

Romain, comment vous démarquez-vous de vos concurrents ?

Avec Irena, nous avons su occuper une place qui manquait dans le secteur. Entre d’une part les groupes de sécurité historiques qui ont leur siège en France et sont reconnus même s’ils dépendent de prestataires locaux pour l’exécution de leur mission, et d’autre part les entreprises de sécurité locales. Celles-ci ont beaucoup de moyens opérationnels mais elles peuvent pécher par manque de maturité ou de fiabilité. Elles ne sont pas non plus capables de répondre au volet conseil dont les clients ont systématiquement besoin.

Aujourd’hui les grands groupes demandent de leurs fournisseurs toujours plus de garanties. Ils veulent parler avec des prestataires solides capables de répondre à des exigences d’éthique et compliance et ils ont aussi besoin de fournisseurs agiles capables de trouver une solution rapide avec un minimum d’impact sur les coûts.

« Recruter : choisir seulement des soft-skills »

Comment avez-vous fait pour recruter puis fidéliser votre équipe ?

Pour les profils les plus techniques qui seront déployés sur le terrain, nous faisons appel au réseau. La dimension humaine de nos missions est extrêmement importante. Il faut évoluer sur des terrains complexes, souvent hostiles et en évolution permanente. Il est important pour nous de trouver la bonne personne pour la mission et pour ce genre de profil il est rare que l’on publie des offres d’emplois. Le réseau nous permet de dénicher les potentiels collaborateurs par recommandations ou cooptation. Nous ne prenons pas le risque de travailler avec un profil qui ne présente pas de garanties.

Pour fidéliser ces profils, nous sommes attentifs à maintenir un bon relationnel et rester très humain. Nous avons la chance d’être tous passés par ce genre de poste et d’en comprendre les difficultés. Nous faisons attention de bien accompagner les Security Managers lors de leurs missions pour éviter qu’ils ne se fatiguent ou « se crament » car certains contextes d’opérations sont usants. Pour les fidéliser, nous devons justement savoir les laisser partir sur d’autres missions, prendre l’air, voir du pays, parfois même avec d’autres employeurs et conserver un bon relationnel pour qu’ils soient prêts à revenir travailler avec nous lorsque l’occasion se présentera.

Pour des postes de gestion de projet, il n’existe pas d’études préalables qui feraient vraiment la différence. Dans cette situation, nous avons pris le pari de former sur le terrain des jeunes qui savent penser, rédiger et synthétiser. Nous prenons des juniors sur la base de leurs soft skills et les aidons à évoluer en les confrontant progressivement à nos différentes missions.

Leur fidélisation est compliquée car ils sont généralement impatients. En outre, nous sommes confrontés à la réalité du terrain : nous ne pouvons pas anticiper les missions que nous confieront les clients ni leur timing.

À présent, quels sont vos challenges Romain ?

Notre challenge actuel est l’extension de notre internationalisation. Dès le départ, notre groupe a été international. Nous sommes à la fois Français, avec une filiale en France, et à la fois présents au Mexique, en Colombie, en Équateur, au Panama et maintenant en Afrique et en Inde… Dans cette configuration, nous avons déjà travaillé sur l’ensemble des pays de l’Amérique latine. Maintenant notre challenge consiste à nous implanter durablement sur d’autres continents. Nous travaillons déjà ponctuellement en Afrique, il est important pour nous de pouvoir nous y installer et reproduire ce qui fait notre succès.

Cela implique également une gouvernance corporative plus robuste, plus en adéquation avec nos ambitions internationales. Nous y travaillons.

« J’ai vu des jeunes entrepreneurs s’enflammer »

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait s’installer en Amérique latine ?

Je dirais que pour réussir en Amérique latine, l’entrepreneur doit être, au moins dans un premier temps, très proche des équipes et de l’ensemble des opérations, avoir une attitude « hands-on ». Il est important de mettre la main à la patte en permanence et de tout superviser. À trop déléguer ou faire confiance, l’expatrié risque de laisser commettre des erreurs et d’avoir des surprises qui au début d’une aventure entrepreneuriales peuvent être lourdes de conséquences.

Ensuite je dirais qu’il faut être AGILE et faire preuve d’une forme de JUSQU’AU BOUTISME. Pour créer une société ici, un entrepreneur expatrié doit être convaincu qu’ « il faut le faire, il faut y croire, y aller à fond » et se donner à 100%. Il doit vivre son projet comme un rêve et non pas comme un projet qui se matérialise sur une feuille Excel. Je comprends les approches très pragmatiques mais s’il n’y a pas un socle émotionnel fort pour aller développer une société, le risque de se décourager vite est grand car les embuches sont nombreuses.

Par ailleurs, l’un des facteurs d’échec d’un projet entrepreneurial en Amérique latine serait de faire preuve de trop d’OPTIMISME. En Amérique latine, les gens sont plutôt chaleureux et ont du mal à dire non, les décideurs peuvent vite s’enflammer. Souvent une rencontre se termine avec de belles perspectives, des idées de partenariat ou même parfois des projets pharaoniques… Dans ce cas-là, un excès d’optimisme pourrait vous pousser à délaisser de petits prospects au profit d’un hypothétique « contrat du siècle ».

En un mot, le business au Mexique, c’est comment ?

Pour moi, le business au Mexique se résume par l’expression « Si se puede », en français, « oui, c’est possible ». Cela renvoie à l’idée que tout est possible mais que rien ne s’obtient sans efforts. Je recommande donc d’insister tout en suivant son instinct. Pour entreprendre, il faut savoir explorer, prendre des risques, accepter d’être irrationnel, autrement dit, vivre !

Regard sur un cycle d’Executive Coaching selon la méthode CO-CREATiVE Communication®

Un mot sur votre expérience d’Executive Coaching avec moi ?

J’ai trouvé ce coaching utile et précieux. Il m’a permis de faire le point sur moi, et sur le problème que j’ai voulu aborder. J’ai aimé votre manière de faire accoucher la réflexion par votre écoute attentive. Avec la nécessaire remise en question liée à une expatriation, le coaching permet un travail plus fin avec soi-même et avec les équipes.

Propos recueillis par Antoine Leygonie-Fialko.

ANTOINE LEYGONIE-FIALKO

International Executive Coach & Adviser

« Become an inspiring leader »

Antoine Leygonie-Fialko est International Executive Coach & Adviser, spécialisé dans l’accompagnement des dirigeants à l'international vers “une pensée Claire et Calme, Bienveillante et Puissante”.

Polytechnicien, Ingénieur des Ponts, Architecte et Docteur en Philosophie, il est fondateur de la Co-CREATiVE Communication® et de la société CADRAN qui opère mondialement. Auparavant, il a dirigé 7 sociétés, de la start-up au corporate, en France et à l’international (Europe, Eurasie, Afrique), dans diverses industries (bâtiment, internet, RH…).

Aujourd’hui, fort de plus de 2 000 heures d’Executive Coaching sur 5 continents et 40 pays, il intervient auprès de tout dirigeant à l'international qui vise un leadership d'excellence et souhaite développer toute la puissance qui sommeille en lui et ses équipes.

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